Décadrages n°15/2010 Raoul Ruiz

Décadrages n°15/2010 Raoul RuizDécadrages n°15/2010 - Raoul Ruiz
Edité par Raphaël Oesterlé - février 2010
Éditeur Publications universitaires romandes
ISBN-10 2-9700668-0-7 ISBN-13 978-2-9700668-0-4
Nb de pages : 120
Illustrations : Photographies
Format : 20 x 21 x 0,7 cm






Dossier : Raoul Ruiz

Trois vies et un seul cinéastes (Raoul Ruiz). Des récits singuliers qui se conjugent au pluriel - Alain Boillat
L'écran baroque - Richard Bégin
Le tableau vivant chez Raoul Ruiz : l'extension de la perception - Valentine Robert
Tres Tristes Tigres, fourchelangues et contes à rebours - François Bovier
De Proust à Ruiz, reconnaissance dans Le Temps retrouvé - Alain Freudiger
Entretien avec Raoul Ruiz - François Bovier, Raphaël Oesterlé, Cédric Flückiger

Rubrique cinéma suisse

La dixième édition du festival international du film fantastique de Neuchâtel - Freddy Landry
Shinji Aoyama, le fait divers introspectif. Enquête policière et quête identitaire dans le Japon contemporain - Alain Boillat
Quelques jours avant la nuit... (2008) de Simon Edelstein ou les dérives de la critique romande - Marthe Porret

Résumé

Aborder le travail d'un cinéaste comme Raoul Ruiz dans un simpledossier de revue peut paraître ambitieux, voire inadéquat. Comment cerner, en effet, une filmographie comptant à l'heure actuelle plus d'une centaine d'entrées, se déployant sur une durée de plus dequarante ans, accompagnée de surcroît d'une production théorique non négligeable ? Ce foisonnement explique peut-être le fait que peu d'ouvrages lui soient consacrés, ce qui contraste avec l'ampleur de la production du cinéaste, tant artistique que théorique. A ceci s'ajoute l'accès difficile à ses films, de nombreuses oeuvres demeurant encore indisponibles.

C'est pourquoi le présent dossier propose une approche transversale : l'on tente de dégager un certain nombre de traits récurrents - tant thématiques que stylistiques - en vue d'éclairer une oeuvre qui multiplie les pistes de lecture, les voies d'interprétation et les chaussetrapes. Nous ne chercherons dès lors pas à ériger un système rendant compte de la pratique du cinéaste : cette démarche nous semble illusoire, voire antinomique à une oeuvre qui postule en son centre une pluralité des clefs de déchiffrement et provoque un mouvement d'indécidabilité du sens. Pour circonscrire un objet aussi fuyant, nous avons pris le parti de revenir au texte filmique, en l'articulant à certains motifs qui nous ont paru signifiants. Ce souci de précision permet, nous en émettons la gageure, d'éviter l'écueil qui consisterait à évaluer les films du réalisateur exclusivement à l'aune de sa production théorique et littéraire. En effet, celle-ci vient souvent éclipser la part proprement cinématogra-phique du travail de Raoul Ruiz, réduisant ses films à une illustration ou à un prolongement redondant d'une poétique préexistante. Alain Boillat soumet le cinéaste à une approche inspirée par lesoutils de la narratologie. Partant des textes théoriques, et de leurs échosformels, il démontre en quoi le cinéma de Raoul Ruiz échappe auxmodes conventionnels d'appréhension du récit, et finalement à la tradition narrative occidentale, de par la prolifération des récits, souvent paradoxaux, et la mise en crise de la notion d'identité qu'il cultive. Auteur d'une thèse de doctorat sur Raoul Ruiz, Richard Bégin évoque l'utilisation particulière que fait ce dernier des objets. Si cet usage est avant tout de nature ludique, il n'en demeure pas moins déstabilisant. Ce déséquilibre bientôt inquiétant apparaît alors comme révélateur de son approche « baroque » du cinéma.

Pour sa part, Valentine Robert place la pratique du tableau vivant au coeur de son article. Cette notion, trop souvent associée à la seule Hypothèse du tableau volé (France, 1979), traverse pourtant de nombreux films, et permet de mettre au jour plusieurs thèmes qui travaillent en profondeur la production du cinéaste. Elle relève l'appropriation mise en oeuvre par le Chilien via trois jalons de sa filmographie. Outre L'Hy-pothèse susnommée, on s'attardera sur Généalogies d'un crime (France/Portugal, 1996) et sur le plus récent Klimt (Autriche/France/Allemagne/Grande-Bretagne, 2006), pour dégager les rapports - étroits - que ces films tissent entre tableau vivant et théories de la perception. François Bovier revient sur Tres Tristes Tigres (Chili, 1968). Ce film hermétique, le premier à rencontrer un public et un retentissement internationaux - comme en témoigne le Léopard d'or que lui attribuele festival de Locarno - a pourtant peu été traité jusqu'à présent. Tout au plus lui accorde-t-on le statut d'oeuvre de jeunesse, envisagée à lalumière des productions ultérieures. On tente ici de mettre à jour son fonctionnement propre, mettant ainsi l'accent sur son statut authentiquement expérimental, entendu au sens le plus large. Une part importante des films de Raoul Ruiz procède, sinon del'adaptation littéraire proprement dite, tout au moins de la transposition d'un prétexte. Alain Freudiger s'attache au cas précis du Temps retrouvé (France, 1999), condensation de l'oeuvre de Marcel Proust. Il l'aborde à travers la question de la reconnaissance, soit la question del'identité passée au crible du temps et de la subjectivité. Ici encore, s'il n'est pas besoin d'insister sur l'importance que cette notion revêt chez Proust, celle-ci se révèle nodale pour la compréhension de la logique filmique de Ruiz.

L'entretien que nous a accordé Raoul Ruiz vient compléter ce dossier. C'est pour lui l'occasion d'effectuer un retour sur son parcours et d'évoquer la part la plus récente de son travail, marquée par des productions chiliennes encore invisibles sous nos latitudes.

Quant à la rubrique suisse, elle est presque entièrement consacrée à l'édition 2009 du NIFFF - soit le Neuchâtel International Fantastic Film Festival. Freddy Landry couvre l'ensemble du festival, tandis qu'Alain Boillat revient plus précisément sur Shinji Aoyama, invité d'honneur du festival et objet d'une rétrospective qui fut l'occasion devoir plusieurs films demeurés inédits en Suisse. Marthe Porret, pour sapart, envisage le cas particulier de Quelques jours avant la nuit (Suisse,2008) de Simon Edelstein, qui met en évidence les conditions précaires non seulement de réalisation, mais encore de diffusion des films helvétiques en Suisse.