Trois vies et une seule mort

Fiche technique
Trois vies et une seule mort de Raoul Ruiz
long métrage fiction 35mm France, Portugal (1995) Date de sortie : 22 Mai 1996 2h 03min.
Autre titre :
Three lives and only one death
Réalisé par :
Raoul Ruiz
Avec :
Marcello Mastroianni, Anna Galiena, Marisa Paredes, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Féodor Atkine, Jean-Yves Gautier, Pierre Bellemare, Jacques Pieiller, Arielle Dombasle, Lou Castel, Roland Topor, Pascal Bonitzer, Smain, Nanni Moretti (non crédité)
Synopsis :
Ce sont les histoires d'abord successives, puis tragiquement entremêlées, du commis-voyageur Mateo Strano, de retour auprès de sa femme Maria, après une longue absence... du célèbre professeur d'anthropologie Georges Vickers, tombé dans la mendicité et amoureux d'une "maîtresse" de Pigalle, Tania... du puissant homme d'affaires Luc Allamand, pris au piège d'un énorme mensonge devenu réalité... Ces trois histoires entre cauchemar et comédie n'en forment qu'une, parce que ces trois hommes n'en sont en réalité qu'un seul, affligé du syndrôme connu de la "personnalité multiple". Et s'il dispose ainsi de trois vies -au moins- il n'a comme tout le monde qu'une seule mort. Une mort en l'occurrence tragique...car on ne vit pas impunément plusieurs vies.
Scénario :
Raoul Ruiz, Pascal Bonitzer
Montage :
Rodolfo Wedeles
Production :
Gemini Films, Arte France Cinéma, Madragoa Filmes, CNC
Directeur de la production :
Paulo Branco
Image :
Laurent Machuel
Son :
Laurent Poirier
Musique :
Jorge Arriagada
Costumes :
Monique Perrot, Anne Schotte, Jeanne Berthon
Décoration :
Luc Chalon
Lieu de tournage :
Paris
Distribution :
Rezo Films
Visa d'exploitation :
87.962
Prix, Festivals :
Cannes, Sélection Officielle 1996, Montréal 1996, San Sebastian 1996, Festival de Fort Lauderdale 1996, Silver Wave du meilleur Acteur, Sao Paolo 1996, Prix de la Critique

Un film de Raoul Ruiz


Document(s)

Entretien avec Raoul Ruiz

Source : Dossier de presse Mai 1995

Par Gémini Films


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Raoul Ruiz et la mnémotechnique : relations entre l'image défamiliarisante, l'art de la mémoire et les traces d'oralité dans Trois vies et une seule mort (2006)

Par Marie-Hélène Mello


"Ce mémoire vise à éclairer la conception bien particulière du cinema et de la spectature du cinéaste Raoul Ruiz, par le biais de l'analyse de l'art de la mémoire (ou « mnémotechnique ») dans son film Trois vies et une seule mort, réalisé en 1995.

En tant que réalisateur, scénariste et théoricien du cinéma, Ruiz propose une réflexion théorique originale sur son médium, réflexion qui fait appel à plusieurs champs du savoir et met en relief les relations entre diverses pratiques artistiques. Le caractère multidisciplinaire de sa démarche expliquerait en partie la difficulté qu'éprouvent les critiques à aborder l'ensemble de l'oeuvre de Ruiz, qui paraît inclassable en termes d'écoles, de genres ou d'esthétiques cinématographiques.

Trois vies et une seule mort, généralement ignoré dans les ouvrages consacrés à Ruiz, a pour particularité d'esquisser des liens entre l'art de la mémoire et le cinéma. Bien que les oeuvres Mémoires des apparences et Le Temps retrouvé, réalisées par le même cinéaste, témoignent également des possibilités qu'offre le médium cinématographique pour traduire la mémoire, Trois vies et une seule mort est le seul film de Ruiz axé sur la mémoire qui ne soit pas l'adaptation d'une oeuvre littéraire. Créée et scénarisée par Ruiz, l'oeuvre étudiée porte sur l'art de la mémoire, emprunte certaines de ses caractéristiques formelles et propose une expérience spectatorielle sollicitant un constant « travail de mémoire ». Trois vies et une seule mort établit ainsi de puissantes relations entre le caractère « défamiliarisant » (Victor Chklovski) de l'image cinématographique, le processus de réminiscence et les « traces d'oralité » (d'après la conception de l'oralité proposée par Walter J. Ong) au cinéma. Multidisciplinaire par essence, notre hypothèse interprétative de l'art de la mémoire prend appui sur l'ouvrage The Art of Memory (Frances Yates), qui se consacre à l'évolution de la mnémotechnique depuis sa naissance jusqu'à la Renaissance. Par conséquent, notre analyse du film fait appel à des notions liées à l'art de la mémoire qui sont issues de plusieurs champs d'études, notamment du cinéma, de la peinture, de la photographie, des médias, de l'histoire de la philosophie, des mathématiques, de la littérature, du théâtre et de la théologie. À travers l'analyse des diverses manifestations de l'art de la mémoire dans le film (et des conceptions du monde et de l'art qu'elles sous-tendent), nous accordons une attention particulière à l'intermédialité qui caractérise Trois vies et une seule mort, c'est-à-dire sa façon d'incarner l'interpénétration de qualités médiatiques propres à divers médias."

Mello, Marie-Hélène (2006). « Raoul Ruiz et la mnémotechnique : relations entre l'image défamiliarisante, l'art de la mémoire et les traces d'oralité dans Trois vies et une seule mort » Mémoire.
Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en études littéraires.

Télécharger le document sur le site de l'UQAM, Université du Québec à Montréal

Raoul Ruiz, cinéaste de l'événement - Logique du sens de Trois Vies et une Seule Mort (1994)

Par Jean-Michel Pamart


Raoul Ruiz est fréquemment qualifié de cinéaste baroque. A l'inverse de Oliveira, le réalisateur semble accepter de bonne grâce ce qualificatif. Il se réfère d'ailleurs lui-même volontiers à Gracian et à la rhétorique baroque. Pourtant un tel étiquetage permet surtout de passer sous silence ce qui peut faire problème à l’intérieur de son œuvre. Le terme Baroque masque, opacifie la spécificité du cinéma de Ruiz plutôt qu'il ne le définit. Il permet surtout d'évacuer la dimension éminemment subversive de l'œuvre du cinéaste chilien. Tous ses écarts lui seront pardonnés puisqu’il est un cinéaste « baroque ».


A la sortie de Trois Vies et une Seule Mort, la critique a salué le "classicisme" du film. Raoul Ruiz, connu pour ses narrations volontiers très éclatées, semble avoir eu l'ambition de donner une certaine homogénéité à ce dernier film. Le concours de Pascal Bonitzer à la conception du scénario n'est sans doute pas pour rien dans cette "conformité" toute relative. Généalogie d'un Crime, réalisé également avec le concours de Bonitzer, confirme ce "tournant". C'est de ces deux films - et surtout du premier - que seront tirés la plupart des exemples utilisés dans cette étude.

On considérera que ces deux derniers films ne marquent pas une remise en question de l'œuvre antérieure du cinéaste mais au contraire un aboutissement. On pourrait dire qu'avec ces deux derniers films, Ruiz passe délibérément de son statut d'expérimentateur à celui d'auteur. La position paradoxale du cinéaste s'est toujours caractérisée par l'abolition de la frontière entre création et expérimentation. Sa production considérable s'explique par cet aller et retour constant entre création d'auteur et bricolages d'expérimentateur. Les derniers films de Ruiz signalent l'intégration réussie des expérimentations éclatées du passé à l'intérieur d'une narration unifiée rigoureuse. Evolution qui s'effectue sans compromis ni renoncement. Nous verrons que faire de l'expérimentation une création, est ce qui caractérise au plus près l'œuvre du cinéaste et qui fait de lui un "cinéaste de l'événement".

pdf Raoul-Ruiz-cineaste-de-l-evenement-jean-michel-pamart.pdf

Voir un extrait :


Référence(s)

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Alain Boillat, « Trois vies et un seul cinéaste (Raoul Ruiz) », Décadrages [En ligne], 15 | 2009, mis en ligne le 26 novembre 2012. URL : http://decadrages.revues.org/122
 
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Cahiers du cinéma 502 1996
De la multiplicité
Magny Joël

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Cinergon 3 1996
Rêves de montage/Montages de rêve

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Dossier de presse 1995
Trois vies et une seule mort Télécharger le document pdf

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DVD Trois vies et une seule mort + Colloque de chiens 2001
Bonus : Interview de Raoul Ruiz et de Melvil Poupaud par Frédéric Bonnaud. Scène commentée par Frédéric Bonnaud. 250 plans, 250 films, alchimie ruizienne.

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Fiches du Cinéma 1371

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Fiches du Cinéma 1371

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Fiches du Cinéma 0

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France Culture - web radio 2007
Le Ciné-club de Jean Douchet : Trois vies et une seule mort, de Raoul Ruiz
Jean Douchet

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Le Monde 1998
Variations sur le temps qui passe
Olivier Mauraisin

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Le Monde 1996
Marcello Mastroianni, empereur de la simplicité
Jean-Michel frodon

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Le Monde 1996
Je rêve d'une planète où tout le monde serait napolitain
Jean-Michel Frodon

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Libération 1996
Raoul Ruiz dans l'impasse d'un labyrinthe
Didier Peron

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Libération 2005
Trois vies et une seule mort
Erwan Higuinen

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Positif 424 1996
Trois vies et une seule mort : la logique vertigineuse de Raoul Ruiz
Jean-Louis Leutrat


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Positif 424 1996
Entretien, Trois vies et une seule mort
Alain Masson, Philippe Rouyer


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Positif 542 2006
DVD Trois vies et une seule mort, Généalogies d'un crime, La Ville des pirates
Eithne O'Neil


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Positif 0 2002
Trois vies et une seule mort
Philippe Rouyer, Alain Masson


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Raoul Ruiz et la mnémotechnique 2006
Relations entre l'image défamiliarisante, l'art de la mémoire et les traces d'oralité dans Trois vies et une seule mort
Marie-Hélène Mello
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Raoul Ruiz, cinéaste de L'événement : logique du sens de Trois vies et une seule mort 1998
Mémoire ou thèse
Jean-Michel Pamart

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Télérama 2419 1996
Je ne regrette pas mon exil
Vincent Remy

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Télérama 2419 1996

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Télérama 2471 1997
La nuit Marcello Mastroianni
Vincent Remy

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Télérama 2524 1998
Trois vies et une seule mort
Vincent Remy